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Bluesky : pourquoi les scientifiques se ruent vers ce nouveau réseau social

La nouvelle star des réseaux sociaux est en passe de devenir le nouveau refuge des chercheurs.

Dans la sphère académique, une vague de fond déferle actuellement et la communauté scientifique amorce un changement radical dans sa manière de communiquer en ligne. Cette vague, c’est Bluesky. En 2019, ce dernier était simplement un projet initié par Jack Dorsey, alors PDG de Twitter. Son objectif était clair : développer un protocole ouvert et décentralisé pour les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, il connaît une croissance absolument fulgurante. Suite aux résultats de l’élection présidentielle qui ont remis Donald Trump aux manettes des USA, Bluesky est passé de 14 à 21 millions d’utilisateurs en à peine deux semaines. Une véritable explosion de popularité ; qui a toutefois son revers ; marquant également une migration massive de la communauté scientifique, en quête d’un espace d’échange plus serein que son prédécesseur X. Depuis le rachat par Elon Musk, la plateforme vacille et montre des signes importants de déclin.

Un havre de paix académique

L’attrait de Bluesky réside dans sa capacité à recréer l’atmosphère des premiers jours de Twitter, où plus de 500 000 chercheurs partageaient leurs découvertes en 2022. La plateforme séduit par son approche plus stricte de la modération et ses mécanismes de protection robustes. À l’inverse, X, héritier déchu de Twitter, a sombré ces derniers temps dans une spirale infernale de contenus douteux et de bots, portée par une modération défaillante.

Bluesky déploie un arsenal de fonctionnalités permettant aux utilisateurs et aux chercheurs de personnaliser leur environnement numérique comme ils le souhaitent. Des outils de filtrage très efficaces sont disponibles, notamment le « nuclear block », qui permet d’éliminer toute interaction avec les comptes jugés indésirables.

Un système de « feeds » parfaitement optimisé est également de la partie : ce sont des fils thématiques qui assurent une diffusion ciblée du contenu scientifique. Par exemple, le « Science feed », dirigé par un utilisateur nommé Bossett, attire déjà 14 000 abonnés et génère 400 000 vues quotidiennes, réunissant écologistes, zoologistes et physiciens quantiques.

Une république des savoirs autorégulée

L’originalité de Bluesky réside aussi dans sa gouvernance intellectuelle. L’accès au cercle des contributeurs scientifiques s’obtient par un processus de validation rigoureux des credentials académiques, c’est-à-dire l’ensemble des qualifications et des titres académiques qui attestent de la compétence d’une personne dans un domaine donné. Mae Saslaw, géoscientifique à Stony Brook, a observé une multiplication par six des candidatures au feed spécialisé en géoscience en à peine une semaine.

Un système innovant, les « starters packs » sont disponibles sur le réseau ; ils tiennent le rôle de guides d’accueil personnalisés pour les nouveaux arrivants sous forme de listes d’abonnements thématiques.

Parmi ces initiatives, le pack « Blackademics U.K. » créé par la neuroscientifique Clíona Murray met en avant les travaux des universitaires noirs britanniques. Dans la même veine, le développeur Rudy Fraser a conçu “Blacksky”, une collection de fils d’actualité assortie d’outils de modération permettant aux utilisateurs de signaler et filtrer automatiquement les contenus racistes ou misogynes, avec une attention particulière portée aux attaques visant les femmes noires dans le milieu académique. Par rapport à X, c’est deux salles, deux ambiances.

Les mutations d’un écosystème en expansion

Face à cet exode, certains chercheurs adoptent une position nuancée. Le professeur Axel Bruns de l’Université du Queensland a choisi de maintenir son compte sur X, craignant que son abandon n’ouvre la porte aux usurpateurs d’identité. Une préoccupation partagée par Madhukar Pai de l’Université McGill qui, malgré la perte de plus de mille abonnés, reste fidèle à la plateforme. « Si les experts quittent X, qui apportera une information scientifique fiable sur la plateforme ? » s’interroge-t-il.

L’affluence massive vers cette nouvelle agora soulève tout de même des interrogations quant à sa pérennité. Bethan Davies, glaciologue à Newcastle, pressent l’infiltration d’algorithmes malveillants et d’acteurs aux intentions douteuses. « Il y a clairement un risque que des individus mal intentionnés et des bots envahissent la plateforme » explique-t-il.

Emily Liu, responsable de la croissance, des communications et des partenariats chez Bluesky, reconnaît ces vulnérabilités et se montre rassurante : « Nous avons renforcé notre équipe de sécurité et recruté des modérateurs supplémentaires pour mieux gérer la situation ».

La réussite de Bluesky dépendra de sa capacité à préserver la qualité des échanges en ligne en son sein, qu’ils soient scientifiques ou non, tout en gérant sa croissance exponentielle. Pour l’heure, la plateforme semble avoir trouvé un équilibre entre ouverture et contrôle, mais cet afflux de nouveaux utilisateurs mettra certainement à rude épreuve ses mécanismes de protection.

  • Bluesky séduit les chercheurs grâce à un environnement serein et une modération stricte, contrastant avec le déclin de X.
  •  La plateforme propose des fonctionnalités innovantes comme les « feeds » thématiques et des packs d’accueil pour faciliter les échanges académiques.
  • Avec un tel succès, Bluesky devra encadrer les risques liés à l’explosion du nombre d’usagers.

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7 commentaires
7 commentaires
  1. On va voir s’ils préféreront se faire censurer parce que dérangeant les woke au fait de se prendre des trolls dans la liberté d’expression

    1. Les wokes ne dérangent que sur X quand iels montrent du doigts les complotistes et les contenus non désirables qui créer des environnements … bah comme sur X justement.
      La liberté d’expression ne bloque jamais les (vrais) scientifiques ou le contenu bienveillant.

    2. Bonjour Philippe,

      Qui sont donc ces woke qui censurent la science ? Quelques sources ne seraient pas de refus, je pourrais ainsi corriger mon article.

      Merci de votre aide

  2. Je ne sais pas si ça doit être une inquiétude que tout le monde quitte X.
    Certes, si les gens sérieux se barre, il n’y aura plus que de la désinformation sur la plateforme, mais ça veut aussi dire qu’elle sera bloquée rapidement dans beaucoup de pays très vite.
    Ca a faillit être le cas en Europe après le rachat par Musk, il l’a éviter de justesse, mais ça peut revenir vite si plus aucune info dessus n’est fiable.
    Donc plus vite les personnes sérieuse le quitte, plus vite X va être bloqué un peu partout et ne plus être rentable.

    1. Presse Citron, continue son travail de sappe en amplifiant sa campagne de promotion de Bluesky !
      Il faut accepter que des individus ne partagent pas votre opinion, c’est enrichissant !

      1. Aucune campagne de promotion n’est faite ici, simplement du factuel.

        Bluesky enregistrait la semaine dernière +1 million d’abonnés par jour, c’est du jamais vu. Aucun rapport avec le fait de « ne pas accepter que des individus ne partagent pas votre opinion ». Ou alors, je serais fortement intéressé que vous me citiez un extrait de mon article où j’en fais mention.

        En attente de votre réponse,

        Cordialement

Les commentaires sont fermés.